La Flash Cocotte.
Le flyer annonce déjà le menu, tous présents pour manger du cock, garni de plumes et de paillettes.
Une première soirée sur Paris, autant voir ce que ça va donner.
Un jeune de 15 ans commence une conversation avec moi dans le métro, sous l'air ébahi des ses amis. "Ouech mais il a du style le pélo, c'est ouf! Et t'as pas des ennuis dans ton quartier? Tu t'habilles comme ça tout les jours? Ça te gène pas que y a tous les gens qui te regardent chelou comme là dans le métro? C'est quoi ce truc qui fait briller ta moustache? C'est quoi ce truc long à plumes? " Je ricane, les parisiens sont pas si mal.
"Tu vas à une soirée, ouech et tu vas pécho ce soir?? " "Je vais'pécho' oui." je répond avec un sourire amusé, tout en pensant d'un air triste que non, il me faudra surement bien plus de temps avant et que je fuirais avant de laisser chance à qui tente de m'attraper ou qui j'aimerais sucer.
Une fois arrivé je me fais un plaisir malsain de défiler devant toute la file d'une heure pour rentrer. En me voyant passer ils me regardent tous d'un air haineux à force d'attendre ou ils sont trop étonnés de voir une nouvelle tête qui à pris la peine de travailler son apparence dans cette scène queer pseudo-blasé. Kylian et Ziggy étant déjà partis faire la file tandis que je me battais encore avec mon mascara ("Jack on y vas!" "Aaaarghg! Mais j'ai pas finiiii! Je suis mooooche!"), se trouvant tout juste devant l'entrée quand je débarque comme un Prince en arrivant en retard. Non, pas en retard, pile à l'heur d'après ma montre imaginaire tordue: A peine je les retrouve qu'on est rentré.
Cette soirée marque en quelque sorte le début de ma vie à Paris, la fin surtout y est très représentatif. Kylian et Ziggy à qui je dis mes adieux, en laissant une part de mon identité derrière avec eux. Gary qui me rappelle en ayant cru quelque chose mais qui s'est trompé, ayant tout de même sauvé une part de cette soirée rien quand étant lui même. Quelques nouvelles têtes mais jamais de réels rencontres. Des gens qui tournent et convulsent autour de moi tels des mouches sur un fond sonore oscillant entre divertissant et désagréable. Et moi, moi qui tourne et me retourne dans tout cela, en remerciant les compliments sur mon apparence, faisant la pose pour des photos en affichant un air hautain caricatural renforcé par l'alcool, esquissant un faux sourire quand des filles inconnues me disent que j'ai l'air maussade, et tentant de ne pas grincer des dents quand elles me disent d'un air plus que niais que ce sourire est beau (trois fois quand même...).
J'aurais été renvoyé à mon propre dégout parmi cette foule mouvante.
Seuls peut être les personnes qui y était témoins et qui connaissent également l'existence de ce blog pourront peut être réfléchir et éventuellement comprendre. Mais j'en doute. Même pas Gary, qui tant de fois qu'il eut cette prétention de me juger ne fit que prouver qu'il était désespérément juste une autre proie de la façade esthétique de survie que je me suis inventé. Ça n'a fait qu'enfoncer mon masque sur ma chair.
Puis cette chère façade que j'aurais affiché, comme à de nombreuses soirées, les aura surement tous dupés. Tant mieux, d'un certain coté...
En rentrant le long du pont sous un vent froid et devant le soleil à peine levé je me rappelles de ce que m'avait dit Eve quelques jours auparavant. "Paris est un poison. Il rend les gens fous ou libertins." . Je pense bien en être incapable de rentrer dans le jeux de libertinage, du moins certainement pas la vision que j'en ai, sans éprouver de profond mépris envers moi-même. Mais je n'en doute pas que Paris et ses habitants rendront le peu de lucidité qu'il me reste en folie. Comme si ma folie interne n'en était pas assez.
Je commence à tousser. Je sens littéralement la maladie me gagner.
"We're all mad here."